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si profond, regrettable en lui-même, et d’un contraste trop excessif pour que la distraction qu’il procurait ne fût pas de courte durée.

Il tenta d’offrir une pâture à cette fièvre, et, pour la diriger dans une voie où l’on pourrait espérer quelque apaisement, insinua l’idée d’un travail à entreprendre : étudier dans son œuvre et son existence un de ces Florentins qu’Arsemar aimait tant ; conter, par exemple, l’histoire d’Alfiéri et de la comtesse…

— Soit, fit Pierre ! Le travail intellectuel est un égoïsme et devient parfois une lâcheté, car en lui on oublie les siens, et soi-même aussi !

Le projet le séduisit pendant une demi-semaine.

— Tu veux donc me donner dans le monde le déshonneur d’une idée ?… J’en ai assez d’un autre… Allons, laissons ces choses ! Pourquoi creuser ? Cela fatigue. Pourquoi savoir ? Nos émotions ne sont pour la plupart faites que d’ignorance ! Pourquoi dire ? Si vous blessez les hommes avec leur sottise, ils crient à votre folie ; avec leurs vices, ils crient à votre infamie… Laissons ces choses, te dis-je ! Perdons notre vie, il n’y a de temps gagné que le temps perdu ! Aussi vrai que l’on est sage dès que l’on n’agit plus, on n’agit plus dès qu’on est sage !

Nul ne prouvera que ces vérités soient moins plausibles que les vérités où l’on dit le contraire, mais le malheur est de les croire.

Pierre les affectait encore, mais bientôt il les subirait : le châtiment de ceux qui ont trop longtemps