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elle comme elle vivait en lui, et son besoin de la posséder était si pressant, qu’il se contentait presque de la posséder par le remords : mais bientôt cette lugubre consolation n’en donna plus assez. Dans ces mensonges d’amour dont il peuplait sa solitude, dans ces comédies de tendresse dont il leurrait son âpre veuvage, il en vint à se demander si le songe d’ici n’était point une réalité de là-bas, et si Jeanne n’avait point l’amour, elle aussi, l’amour !

Elle l’avait dit ! Son dernier mot d’adieu était un mot d’amour !

Pourquoi l’avait-il témérairement accusée de mentir ? Était-ce donc si incroyable, qu’elle le pleurât ! De quel droit l’avait-il repoussée ainsi, quand elle était venue à lui, oui, de quel droit, puisqu’ils se manquaient l’un à l’autre ? Il regrettait cette lettre aux senteurs d’iris, qu’il avait un soir déchirée, éparpillée aux ronces d’un pays inconnu. Combien il l’eût baisée, et lue, cette ligne unique où l’absente disait : « Je t’aime. » Il en ressuscitait les lettres fines, le papier dur et le parfum.

Alors, il atténuait, effaçait le crime.

— Serais-je jaloux, si je l’avais épousée veuve ?

Cette comparaison le séduisit, et il s’y attacha parce qu’elle justifiait le renoncement des rancunes, et qu’elle autorisait les lâchetés. Il s’efforçait sans le savoir, à trouver dans le sophisme une raison définitive ; il chassait un par un les défauts reconnus et revoyait l’épouse d’autrefois, belle, élégante, rieuse