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Georges, en quittant cette presqu’île, sentit bien qu’il y devait laisser l’espoir des guérisons prochaines ; la nature, qui l’avait secondé ici, serait ailleurs sa constante ennemie.

Il contemplait avec angoisse celui qu’il emmenait vers les terres maudites.

Hélas ! Pierre avait perdu son beau calme divin, qui le faisait grave dans le bonheur et austère dans l’infortune. Georges sentait son pouvoir sur cet homme lui échapper de jour en jour ; il n’était plus le maître de cette âme anxieuse, qui commençait à secouer les conseils et craindre les tendresses, comme un enfant malade.

Ils traversèrent la France sans un arrêt, longeant les villes, coupant les fleuves, trouant les monts.

— Fuis, fuis ! Essaye de te fuir ! Où courons-nous ?

C’est un navire qui croirait se sauver de la peste en quittant la terre ferme, et qui remporterait au large la contagion apportée à la rive, par lui !

Georges eût voulu trouver quelque plage nouvelle, mais on lui désigna Venise, la ville languissante où le couple des jeunes époux avait caché ses premières caresses. Vainement essaya-t-il de s’opposer à cette dangereuse étape ; il eut peur de comprendre que Pierre l’abandonnerait plutôt que de renoncer ; son projet ; il pensa du moins faire accepter un hôtel inconnu des souvenirs, mais l’autre s’entêta, et c’est la maison de ses noces qu’il choisit pour manger et dormir.