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et d’aimer. Parfois, pourtant, il se demandait si là n’était point la moitié de la vie ; mais, promptement, sa raillerie mettait cette sentimentalité saugrenue sur le compte d’une nuit trop belle ou d’un dîner trop copieux.

Les femmes avaient achevé le désastre. Qui en possède beaucoup ne vit plus que dans le mensonge : mentir pour les prendre, mentir pour les garder, mentir pour les quitter ; et elles mentent pour se défendre, pour vous garder et vous quitter.

Son esprit, naturellement ami des choses subtiles ou complexes, avait trouvé dans ce jeu d’intrigues un charme qui le captivait : comme un chariot s’enlise, doucement, il était entré dans cette boue, et voilà qu’il se sentait armuré de fange, inexpugnable à toute sincérité, et mort en lui-même.

Les idées les plus compliquées se présentaient d’abord à son esprit, au détriment des plus simples : sur toute affirmation il cherchait, sans malveillance, dans quel but on voulait le tromper. Le doute exerçait sur lui une sorte de fascination irréfléchie et presque physique ; il doutait comme d’autres croient, simplement, bonnement, par instinct et même sans le savoir. Après avoir mis, comme saint Thomas, les deux doigts dans la plaie, il aurait suspecté Jésus de ne jamais être mort.

Il se rendit compte de cet état monstrueux, un soir, en recevant une lettre d’Arsemar.

Comme ils étaient loin, maintenant, l’un de l’autre, et qui des deux avait gâté sa vie ?