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Une heure après, il arrive aux ateliers, suivi de Jacques et des chevaux menés en bride : « — Monsieur Berthaud, je viens vous trouver de la part de M. le comte ; des intérêts pressants l’obligent à s’absenter pour un temps qui sera long sans doute ; il vous prie de vouloir bien prendre la complète direction des affaires et s’en repose absolument sur vous. Il m’a chargé, en outre, de vous demander un service : garder ses chevaux ici, et les vendre. Si les fournisseurs présentaient quelque note, vous auriez la complaisance d’acquitter, en prélevant la somme sur la vente de l’écurie. Tout cela ne vous dérange pas trop ? M. d’Arsemar vous envoie ses remerciements et ses meilleures amitiés. » Il sort : « — Jacques, allez à la ville et commandez une voiture pour quatre heures : deux personnes et leurs bagages. » Il revient au Merizet : les domestiques y bouclaient leurs ballots et volaient un peu. Il serre la main de son ami, dont lui-même garnit les masses, car il connaît, comme les siens, les goûts et les besoins de Pierre ; il retourne chez lui, revient au salon, monte et descend, paye les gages, rembourse des avances que nul n’a jamais faites et que chacun réclame, ferme les caves, rassemble les clefs, prescrit, surveille, et toute cette activité le soulage de ses chagrins.

— Ils ne connaissent pas leur bonheur, ceux qui font un métier stupide ; en croyant travailler, ils s’affranchissent du seul travail qui soit respectable et douloureux, ne rien faire et savoir…