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désolation de son époux devait être en raison de la tendresse qu’il lui portait, elle se donna beaucoup de remords afin de supposer beaucoup d’amour.

Il ne lui déplaisait pas non plus d’avoir un ample chagrin de son méfait : car notre vanité trouve des joies en nos souffrances même et se plaît à nous les grandir encore, pour la gloire d’être plus sensibles ou plus insensibles que le commun des foules. Indiscutablement, elle avait mal agi : mais, à qui la faute ? On l’avait contrainte.

Elle aurait volontiers rétracté son aveu : moins par bonté d’âme, d’ailleurs, que par intérêt bien entendu.

Mais puisque l’acte était consommé, il fallait aviser à l’avenir, et au présent, sans délai !

Regrets, remords, elle repoussa le bagage sentimental, pour discuter son devoir.

— Où aller ?

Car, rester, elle n’y pensait pas ; le départ s’imposait à elle, ne fût-ce que pour laisser au Merizet le vide de sa perte et le désir de son retour. À Paris ? C’est bien tentant, en vérité, mais attendre là-bas, sans relations ? Et les médisances ? Il était indispensable qu’on ne pût rien lui reprocher… La famille et Lyon ?

— Voilà qui sera gai ! C’est à Georges que je dois cela.

Mais cette vie durerait peu.

Car elle gardait, au fond, une rassurante confiance