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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/279

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dement de Georges, n’avait, en réalité, d’autre cause que l’ordre hier donné par elle. Tout lui cédait. Elle pourrait asséner ses commandements sans qu’on osât bouger sous la férule ; elle domptait par la crainte, le rêve de sa vie !

Aussi se para-t-elle, lente et confiante, dès que son mari fut hors de la maison, et, quand elle se vit assez belle, descendit chez Desreynes, comme la veille.

— Bonjour, êtes-vous plus aimable, aujourd’hui ?

— Vous encore, madame !

Il se dirigea vers la porte, mais elle y fut avant lui et tendit ses deux bras en croix pour barrer le chemin.

— Vous ne… tu ne sortiras pas. Je veux que tu m’entendes.

— Et que pouvez-vous avoir à me dire, madame ?

— Rien ! Mais je veux. Tu es à moi, Georges, comme je suis à toi…

— Oh, ne répétez pas ces mots abominables ! Je vous hais de toutes les sortes de mon cœur.

— Ton cœur ?… Il vous revient bien tard, mon cher ! Dites-moi donc ce qu’il vous conseille, ce cœur ? Qu’allez-vous faire ?

— Vous le demandez ?… Partir et ne plus vous revoir ! Jamais !

— Tout simplement ? N’avez-vous pas pensé qu’il fallait un peu consulter mon avis et compter avec moi ? Me regardes-tu comme un jouet ? Tu me flattes, mais j’ai d’autres prétentions.

— Je sais que les prétentions ne vous manquent pas.