Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Dès que Jeanne fut libre, elle courut à la fenêtre de son amant ; Pierre sortait de chez lui, mais elle n’en fut pas inquiète.

— Venez, dit-elle, nous avons à causer.

— Non.

— Georges, viens, je le veux.

Il se précipita d’un tel mouvement, que la jeune femme se crut attaquée. Georges, d’un poing violent, ferma la croisée.

Pour la première fois de sa vie, Jeanne reçut une insulte sans en souffrir au delà de l’instant : la brutalité, d’ailleurs, avait un air viril qui ne déplaisait qu’à demi à cette amazone en jupes de soie.

— Il en a contre lui bien plus que contre moi ; il s’emporte, donc, soyons grave.

Elle s’en vint méditer sous les arbres : elle marchait, jolie, en balançant sa taille de jeune fille, et tenait son menton dans sa petite main, avec un doigt replié sur sa petite bouche, pensive comme le Médicis. Elle argumentait, discutait, objectait : Minos, Eaque et Rhadamante siégeaient sous la coupole de son front, les sept sages soulevaient la balance, et Machiavel glosait au greffe : c’est Georges qu’on jugeait, et Jeanne s’admirait d’être si forte logicienne.

Le verdict fut net : « Puisqu’il part, il renonce à l’aveu ; puisqu’il renonce, il craint que l’on sache ; puisqu’il craint, je peux menacer. »

La méditation est une superbe chose ; si elle nous accorde rarement la vérité, elle nous procure tout au