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— Si je l’aimais, j’aurais au moins le chagrin de le perdre, et ce serait un passe-temps. Je me défendrais contre la tentation de le rejoindre : cela me ferait de la vertu. Mais, voilà bien la vie, je ne l’aime pas !

Elle essaya de songer à Pierre, et son mari l’importuna : il avait la tendresse bête ! Uniquement parce qu’elle était permise, et trop sincère. Mais elle ne l’aimait pas non plus… L’être humain, en dépit de de tout, reste indépendant et sauvage ; les liens l’étouffent, quels qu’ils soient, et une affection qui l’obsède peut devenir, à la longue, aussi intolérable à son égoïsme qu’une haine qui le poursuit.

— Je disais bien qu’il ne parlerait pas !

Cette satisfaction d’avoir deviné juste ne pouvait suffire à la consoler bien longtemps, et de tout.

Et la volupté conquise qui la fuyait déjà ! Qui rendrait l’extase jusqu’alors inconnue ?

— Essayons de le garder ; c’est la seule ressource.

Mais, s’il reste, toujours, sur sa tête, elle sentira le danger d’un aveu. — Tant mieux ! On luttera. N’est-elle pas habile assez pour se défendre contre un homme plus effrayé lui-même de sa menace que celle dont il voudrait l’intimidation ? Elle l’apprivoiserait. Desreynes n’a pas le bras qu’il faut pour la dompter.

— Ce serait adorable.

Elle ruminait ces choses en repromenant sa baronne : car la noble douairière, comme le renard à l’antre du lion, ne voyait jamais le chemin par où l’on sort.