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reposer un instant, et contemplait en l’air les feuilles remuant sous les branches. Tout lui paraissait fantastique. Il rencontra un chien qui trottait sur la route d’une allure affairée, et il se retourna pour le suivre des yeux, aussi longtemps qu’il put voir cette tache sombre et vivante qui arpentait la nuit.

— Ah, chien comme un homme ! Parce que tu vas vers une chose, es-tu bien sûr d’avoir un but ? Néant, néant ! Le destin joue avec ses poupées…

Au loin, il distingua dans la brume la silhouette d’une longue rangée d’arbres qui bordait quelque route, et la prit pour un aqueduc noir dont nul n’avait jamais parlé. Il se crut condamné pour sa vie à errer ainsi sous l’ombre et le hasard. Ses pieds râclaient la terre. Un reste de raison l’empêcha de s’étendre au revers d’un fossé pour dormir.

— J’ai froid.

Il cheminait toujours. Quand il se sentait grelotter, il hâtait le pas et se serrait dans ses vêtements.

Eut-il plus de joie ou d’effroi, quand il reconnut brusquement la colline où s’adossait la maison d’Arsemar, et découvrit, par-dessus les tilleuls, la pente grise du toit ? Sur une plaque de verre ou d’acier, un reflet de lune luisait ainsi qu’une étoile. L’étoile a guidé les bergers, l’étoile rédemptrice. Georges s’en vint vers elle et demandait pardon.

Arrivé devant la grille du parc, il n’osa plus entrer, et quoiqu’il fût harassé, il commença à se promener de long en large, de large en long, et s’assit sur la borne.