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en face de cette femme, et ne pas avouer, augmenter son crime !

Car il ne toucha pas un seul instant l’hypothèse d’un silence volontaire. Non point qu’il raisonnât son aveu ! Mais, sous le coup des trop fortes épreuves, notre imagination va tout droit son chemin dans la voie qui s’est offerte la première, et n’en sait plus broncher dès qu’elle l’a choisie, à cause de l’impuissance où nous sommes de discuter le faux et le vrai, de discerner le mal du pire. S’il eût d’abord songé à ne rien confesser, sans doute il en fût resté là, pour cette nuit du moins. Mais on imagine toujours que la faute dont nous sommes écrasé ne restera pas ignorée ; et n’y a-t-il pas aussi dans l’homme un instinct qui le pousse à s’éprendre de tout ce qui peut aggraver sa douleur, l’envenimer, la rendre inguérissable ?

Cependant, il avait peur : peur du mal qu’il allait causer encore, peur de sa honte, peur pour l’autre et pour lui…

La femme ? Il ne la comptait même pas ! Eux seuls ! Il adviendrait d’elle ce qui plairait au hasard. Il se souvint d’avoir, pendant toute sa vie, mis en pratique cet axiome qu’un galant homme ne doit pas trahir le don d’une femme. Il s’agissait bien ici de galanterie et de conventions mondaines ! Il eût tout avoué devant elle, pour la punir au moins par un instant de confusion, la souffleter avec l’ignominie de son rôle… Car ce n’était qu’un rôle ! Il ne pouvait penser à elle sans que la colère remontât aussitôt sur tous les