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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/212

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Jeanne fut peu touchée du compliment. Elle était profondément agacée. On parla de quelques voisines : la conversation tourna bientôt à la plus soigneuse médisance. Merizette se déridait un peu.

— Les femmes sont admirables, dit Georges. Où dénichez-vous des vertus qui vous fassent tant louer votre sexe, après avoir blâmé tout ce que vous apprenez de lui ?

— En nous-mêmes, monsieur.

— Je m’en doutais… Votre logique est royale : louer la femme contre l’homme, pour la mettre au-dessus de l’espèce, et, ce point acquis, blâmer les femmes pour monter au dessus de toutes et de tous.

— Imbécile ! pensa Jeanne, qui sentait la vérité du jugement.

— Nous sommes bien malheureuses, comtesse ! Les hommes ne connaissent pas de milieu entre nous ennuyer et nous dénigrer ; ceux qui s’agenouillent nous font bâiller, et ceux qui nous plairaient nous font rougir de nous.

— Un célibataire assez mûr, dit la comtesse, ne se croit supérieur qu’à condition d’être désabusé des femmes.

— La mode veut cela, monsieur ?

— Et vous faites la mode, ô déesses !… D’ailleurs, voulez-vous un conseil ?… Si vous prenez un amant…

— Vous dites ?

— Si vous prenez un amant, choisissez un simple : les hommes trop habiles ne valent pas mieux que vous.