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Elle reçut Desreynes avec indifférence ; sincère, ce matin-là, car l’épuisement de ses forces ne lui laissait de sa colère et de sa honte qu’une mémoire presque importune. Elle sourit, quand Georges l’interrogea courtoisement sur son état.

— Cela passe, fit-elle : je suis une femmelette.

Elle se montrait affable ; il eut pitié. Cette tiédeur à peine amicale le rassurait aussi. Elle voulut essayer quelques pas dans les allées du parc ; elle prit le bras du comte, et Desreynes marchait seul. Elle ne lui parlait qu’à de rares intervalles, avec une bienveillance polie. D’Arsemar n’avait osé tout d’abord annoncer le départ prochain de leur ami. Mais, le soir, comme Jeanne se trouvait mieux, il parla. Elle releva le front, encore lasse dans sa brusquerie, et dit simplement :

— Ce n’est pas vrai.

— Je vous en demande pardon, madame.

— Savez-vous mieux que moi, reprit-elle avec un persiflage hautain, ce qui doit se passer dans ma maison ?

Pierre ne pouvait voir en cette parole qu’une boutade de fièvre.

— Serait-ce vrai ? pensa-t-elle. Bah ! Qu’il s’en aille, et que m’importe ? Il m’agace.

Mais elle fut dès lors nerveuse, intolérante ; elle interrompait chaque dialogue et protestait d’une faible et courte rage contre les assertions les plus banales. Elle se retira de bonne heure et ne put