Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/162

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


femme de chambre lui apportât un peignoir, aussitôt.

Pierre et Georges rentrèrent dans la maison : les sièges, dispersés au hasard, remués et laissés là au travers des pièces poudreuses, avaient un air d’effarement désolé ; les plafonds semblaient plus hauts ; le pas des domestiques sonnait plus fort sur le parquet ; des meubles de toutes sortes roulaient, poussés, et se heurtaient. D’Arsemar considérait ce désordre ; il aurait aimé leur retraite aussi calme qu’un temple.

— Il me semble qu’on déménage mon bonheur !

Jeanne revint, joyeuse et délassée, toute fraîche et tenant dans ses mains jointes une botte de lilas qu’elle leur secoua devant les yeux. Puis elle débarrassa prestement le centre du salon, prit Georges par le bras et le conduisit au piano.

— Vous savez bien une valse, jouez-la.

Elle enleva son mari.

Tu ne m’as pas fait danser, monsieur le comte : à ton tour !

Puis, câline, comme il résistait :

— Pour me réchauffer, dit-elle, tu veux donc ma mort, si tu refuses ?

— Mon cher tyran !

11 la baisa au front et obéit. Desreynes jouait mal et Pierre ne valsait guère mieux.

— Changeons ! s’écria-t-elle.

Alors, Georges la reçut de nouveau dans ses bras, plus enfiévrante encore qu’elle n’était hier ; car, à cette heure, au lieu de la seule vision de ses épaules.