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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/114

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Peu à peu, sa colère d’oiseau s’était transformée en un ardent besoin de revanche, qui devenait de plus en plus pressant. Cette pensée remontait en elle comme un liège qu’on plonge et qui surnage toujours, et l’obsession ne laissait pas de lui être infiniment sympathique. Elle s’habitua si bien à cette idée, que la réalisation lui en apparut bientôt comme un devoir. Sa raison de tacticienne se réveilla dans ce désir qui la hantait. Elle s’en voulut d’avoir négligé si longtemps son rôle de conquérante, et, à dater de cet instant, regarda Georges sans courroux : elle l’étudiait du coin de l’œil, dans la convoitise vaguement désintéressée d’un chien de chasse qui guette le gibier mais ne le mangerait pas. Voulait-elle un amant ? Non, rien qu’un triomphe ! Il ne la séduisait plus, d’ailleurs, depuis qu’il l’avait moralement possédée. Elle se demanda si l’on garderait autant de honte devant l’homme à qui on a livré son corps : elle répondait non.

— Il faudra bien qu’il y vienne ! Je veux.

Une semaine était perdue, cependant.

Mais elle eut une joie subite, lorsqu’on réfléchissant davantage elle s’aperçut que son pouvoir avait grandi par sa faiblesse d’une heure : que son abandon de nature avait mieux préparé la victime que toutes les sciences de la coquetterie ; et qu’elle tenait cet homme en sa main, perdu désormais dans une confiance aveugle. N’importe ! elle ne pardonnait pas encore tout à fait.

Un peu d’humiliation la chagrinait aussi d’avoir