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Elle était bien jolie, pourtant, ce matin-là, avec son visage doucement pâli, où tour à tour passaient de courtes colères et de grandes langueurs. Georges constata que ses cils étaient fort beaux, longs et luisants.

Elle voulut aller dans le parc, malgré la terre détrempée : ses petits talons se collaient dans la boue. Une bonne odeur humide montait des herbes et descendait des branches. Parfois, Jeanne tremblait d’un petit frisson : cependant, le soleil s’échauffait.

La pluie, au printemps, sent l’amour : on le hume dans l’air : il émane du sol et des mousses ; le flanc de la terre semble recevoir avec ivresse l’eau du ciel qui le féconde ; le bois a les senteurs d’une alcôve à la fois sensuelle et religieuse ; les petites flaques, dans l’ombre, s’entr’ouvrent comme des yeux noyés de volupté ; et tout ce monde des plantes jase, bouge, se baise, et la vie sourd dans ces caresses. Georges songea qu’il ferait bon être là, avec celle qui vaudrait un rêve…

Comme Jeanne était lente à marcher ! Son compagnon la regardait avec plus d’abandon qu’à l’ordinaire ; il lui plaisait de la retrouver vraiment femme, et plus faible. Il avait pris un châle pour la couvrir. Elle s’assit sur un banc, sans force, et ramena sa jupe pour faire une place auprès d’elle. Sur ses cheveux, une goutte tomba des hautes aiguilles d’un sapin : elle eut un nouveau frisson : il lui posa le châle sur les épaules.

— Merci, dit-elle.