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Il désignait l’ennemi.

Soudain il s’affaissa.

— Berthe ! entendit-on… Puis après : Hardi les gars !

Il voulait se relever, mais il tomba à la renverse, glissa le long de la pente et vint rouler parmi les morts et les blessés.

Mais les Belges fauchaient les Allemands sans discontinuer… Le remblai était jonché d’uniformes gris. Les officiers aiguillonnaient les assaillants. Leurs menaces furent vaines. Une nouvelle trouée béante fut pratiquée dans le tas… et les survivants dévalèrent la pente par dessus les morts et les blessés.

Les Allemands n’abandonnèrent pourtant pas la lutte.

De nouvelles troupes étaient lancées sans cesse dans le feu.

Mais soudain les Algériens et les Belges sautant par dessus le remblai firent une poussée formidable à l’aide de leurs lances et des baïonnettes.

La contre-attaque avait lieu.

Ce fut comme un flot furieux roulant dans la plaine.

Le choc fut terrible. Ce fut un engagement cruel qui se déroula… Les Alliés remportèrent la victoire. Mais nos morts et blessés gisaient parmi les cadavres et les mutilés ennemis. Les Allemands qui échappèrent à l’hécatombe meurtrière, s’enfuirent.

Le remblai nous resta.

Mais l’ennemi reviendrait avec des forces supérieures.

— Les Alliés firent alors appel à un nouvel allié… L’eau !

On était ici au pays des polders, des digues, et des canaux, des moulins à eau et des écluses.

Nous noyerons le pays plutôt que de le céder ! telle devint la devise des Belges.

Les Allemands eurent vent du plan des Alliés de submerger la vallée de l’Yser et ils voulurent tenter un effort suprême pour se frayer un passage avant que le plan de l’adversaire fut exécuté.

À cet effet on lança une brigade d’infanterie wurtembourgeoise dans le feu. Montés sur des radeaux, ils croisèrent l’Yser, le fleuve lugubre regorgeant de cadavres, flottant dans l’eau ou accrochés à des racines d’arbres, à des roseaux, ou à de l’ivraie.

La pluie de grenades recommença de plus belle ; le pays de Furnes était à nouveau plongé dans un nuage de feu et de fumée.

Les Wurtembourgeois avançaient toujours. Ils virent une tranchée d’où surgissaient des képis belges. Cette tranchée devait être prise tout d’abord.

Les Alliés labourèrent de leur mitraille la brigade assaillante, qui bravait le danger, manifestait un mépris pour la mort, ne s’inquiétant pas de ceux qui tombaient et des frères d’armes appelant au secours ; ils poursuivaient imperturbablement leur marche vers la tranchée.

Ils furent victimes d’une ruse… La tranchée était inoccupée. Furieux, les assaillants s’avancèrent plus loin.

Le feu des Alliés s’intensifia. Mais, en dépit de la multitude croissante de taches grisâtres qui inertes tapissaient le sol bourbeux, les Wurtembourgeois poursuivirent leur marche en avant !

Là-bas, derrière le front, se trouvait le kaiser dont ils exécutaient les ordres et sous l’œil duquel ils voulaient remporter la victoire.

Mais voilà que le soudain, le nouvel ennemi redouté, parut. L’eau roulait ses flots furieux sur la plaine… L’Yser bouillonnait, écumait… Le paisible fleuve s’animait… Les flots écumants déferlèrent sur la grève, charrièrent les cadavres, bruissèrent sur le champ de bataille. [1]

  1. Voir notre récit : La vengeance de la Mer, paru dans notre première collection.