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ses mains menues ; sa pose a je ne sais quoi de résigné.

Ces portraits ne peuvent être postérieurs à 1538 puisqu’à cette date François de la Rovère mourut empoisonné. C’est donc également avant cette date qu’il faut placer une des œuvres les plus fameuses de Titien, exécutée pour le duc, la Vénus d’Urbin. Elle fait maintenant la gloire de la Tribune du musée des Offices. Ce nom de Vénus ne doit pas nous tromper. Il ne s’agit pas ici d’une figure idéale et divine. Titien avait fait, d’après la description d’un tableau d’Appelle, une Vénus sortant de l’onde qui est dans la collection de lord Ellesmere. Mais la Vénus d’Urbin n’est que le premier, le plus simple et le plus exquis de ces « nude » qui plaisaient tant au goût voluptueux de la Renaissance. C’est une simple mortelle dont la beauté nue se montre aux regards, tranquille, inconsciente et sans impudeur. Couchée sur un lit de repos dont le linge blanc ressort sur une étoffe de pourpre foncée, au-devant d’un rideau vert sombre qui l’isole du reste de la pièce, la tête et le buste relevés par des coussins, et la main droite jouant négligemment avec une poignée de roses, elle baigne sa nudité harmonieuse dans la chaude clarté qui, par de larges baies, se répand mollement dans une vaste salle. Ses yeux calmes et purs regardent sans pensée ; elle est ingénue, fraîche et radieuse comme une plante. Avec l’ondulation large de ces formes lumineuses contrastent les détails élégants et précis qui animent le fond de la toile ; une petite servante en blanc, à genoux devant un coffre dont sa tête tient le couvercle