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le souverain, le politique et le guerrier. Ce que Titien ajoutait à la conscience exacte et timide des peintres du Nord, c’était la liberté superbe de la manière, la noblesse du sentiment, en un mot le grand goût italien qui transfigure tout ce qu’il touche. Cette fois Charles-Quint se vit représenté tel qu’il se croyait et tel qu’il voulait être. Il ne fut pas ingrat pour le peintre. À peine débarqué à Barcelone, par un rescrit impérial, il nommait Titien chevalier d’Empire, comte de Latran, et sans parler des sommes considérables qu’il lui allouait, attribuait à l’artiste et à ses descendants d’importants privilèges. Rappelant les rapports d’Alexandre et d’Apelle, il semble bien qu’il entendait lui conférer le privilège exclusif de faire son portrait. Pendant ce second séjour à Bologne, d’autres que l’Empereur posèrent certainement devant Titien. Sa prestesse à saisir la tournure particulière d’un être et l’accent d’une physionomie était incroyable. Il prenait de ses modèles une esquisse rapide et saisissante de ressemblance, qu’il gardait pour lui, la reportait sur la toile et composait à loisir des œuvres de vérité et de beauté. Dans cet art du portrait, Titien égale les plus grands maîtres de toutes les écoles : Holbein et Vélasquez, Vinci, Rembrandt, Van Dyck. Il a plus de charme qu’Holbein avec autant d’exactitude ; moins primesautier peut-être que le grand Espagnol, il pénètre plus avant dans les caractères. Rubens et Van Dyck, qui l’ont imité tous deux, ont moins de nerf ou de naturel. Seul Vinci l’a peut-être dépassé dans l’expression de la vie secrète,