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une jeune fille à l’expression affectueuse, proteste en posant la main sur son cœur qu’elle restera fidèle à son époux ; au second plan, l’Hymen, dont la face levée est vue en raccourci, porte haut sur l’azur profond du ciel une corbeille de fleurs et de fruits. Ces formes gracieuses qui font une guirlande de tons clairs et chantants, encadrent l’imposante et mélancolique figure de l’homme qui, debout, cuirassé, tête nue, pose la main sur le sein de sa jeune femme, en un geste amoureux et délicat. Sa tête brune, mâle et fière, aux cheveux noirs, à la barbe foisonnante, s’incline légèrement sur l’épaule et ses yeux semblent interroger sans effroi le destin. On ne pouvait exprimer avec une émotion plus discrète et plus tendre, la fragile ivresse et la mélancolie du bonheur. Cette manière ingénieuse et délicate de mettre en scène les sentiments humains répondait pleinement au goût d’une époque éprise de poésie symbolique et subtile. Le succès en fut tel que Titien dut traiter de nouveau le motif. Deux toiles du Musée de Vienne nous montrent la même donnée reprise avec d’autres personnages, non sans quelque froideur. Une disposition toute semblable se retrouve encore dans un tableau de Munich, l’Initiation d’une Bacchante. Ici Marie d’Aragon est remplacée par une Vénus de beauté florissante découvrant un Hermès voilé à la Ménade demi-nue qui s’approche d’elle avec la pose et le geste de la Victoire ; la figure centrale est un jeune faune brun ; un satyre grimaçant porte la corbeille de l’Hymen ; mais l’Amour debout