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l’aide de Titien, et la douce Lavinia dont la charmante figure lui servit plus d’une fois de modèle. Titien ressentit douloureusement cette perte ; puis l’énergie vitale et la passion de l’art prirent le dessus. Il fit venir de Cadore sa sœur Orsa pour tenir son ménage ; à la fin de 1531, il avait repris son activité.

Le marquis, maintenant duc de Mantoue, pour faire sa cour au général en chef des troupes impériales en Italie, Alphonse d’Avalos, marquis du Guast, lui avait offert la Madeleine de Titien. Ce haut personnage voulut avoir son portrait de la main du maître, et dans l’automne de 1531, le fit venir à Correggio où il tenait son quartier général. On a toutes raisons de reconnaître ce portrait dans une célèbre toile du Musée du Louvre. D’Avalos avait épousé récemment la belle Marie d’Aragon. Près de quitter sa jeune femme pour courir les hasards de la guerre, selon le goût allégorique du temps, il voulut qu’à l’image de son bonheur se mêlât l’idée de la mort et de la gloire. Belle et gracieuse comme Vénus, ses tresses blondes et crespelées couronnant sa tête menue, des perles dans les cheveux, la gorge à demi découverte, les manches diaphanes serrées en haut du bras par un cercle d’or, vêtue de rose pâle et de vert rompu qui s’harmonisent, la jeune femme tient sur ses genoux un globe de verre, image de la fragilité : ses yeux pensifs semblent y chercher l’image de l’avenir. En face d’elle, l’amour, un bel enfant joufflu et naïf apporte à sa mère avec un empressement joyeux un faisceau de flèches ; la Victoire,