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et retombe, elle s’exalte ou s’apaise sur les personnages groupés dans la rotonde d’une basilique en ruines. À droite, la lumière la plus vive revêt la nudité pâle de saint Sébastien ; elle glisse doucement sur les robes de bure grise de saint François et de saint Antoine de Padoue, vu de dos, un lis à la main ; elle chante sur le manteau jaune clair à la doublure violette, sur le front découvert et la barbe blanche de saint Pierre, pour éclater en magnifiques accords sur la chape bleu sombre doublée de rouge et brochée d’or de saint Nicolas, majestueux vieillard qui, la crosse en main et le livre ouvert, lève vers le ciel sa belle tête chenue ; et cette arabesque sinueuse, cette onde sonore, vient mourir en éclats atténués, aux safrans, aux lilas fleuris, au profil délicat et penché de sainte Catherine, qui passe au second plan, comme une ombre modeste et charmante.

La Vierge de Pesaro, tableau votif commandé par l’évêque de Paphos, n’est ni moins originale, ni moins imposante. Titien se conforme à la tradition, mais il l’élargit, en assignant une importance toute nouvelle au ciel et à l’architecture ; donnant ainsi à ce thème que l’on traitait d’ordinaire en dimensions restreintes, une grandeur monumentale et décorative. Le naturel et l’ampleur de la composition pittoresque, la montée oblique des formes, la beauté du paysage architectural, tout annonce l’apogée d’un art qui garde quelque chose des sévérités anciennes, mais qui fait pressen-