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avec un amour aussi délicat que Titien. Un type féminin passe et repasse dans son œuvre, aussi pur de contours que celui de la Vénus antique, mais avec une expression de douceur affable et de bonté toute vénitienne. La nature lui fournit d’admirables modèles, son imagination amoureuse les embellit et les idéalise. On a cru reconnaître dans plusieurs de ses pures créations une fille de Palma, Violante, dont la légende le fait amoureux. Toutes ont un air de famille. Mais il semble bien que trois œuvres qui ne sont pas précisément des portraits, mais des images idéalisées se rapportent à un même modèle et qu’il faille chercher ce modèle à la cour de Ferrare. La Femme aux bijoux de Munich, la Flore de Dresde et la Femme à sa toilette qui est au musée du Louvre, représentent plus ou moins librement un même original, très probablement cette Laura Dianti, fille d’un artisan de Ferrare et maîtresse d’Alphonse d’Este qui l’épousa après la mort de Lucrèce Borgia. Vasari parle avec admiration d’un portrait de cette beauté. Bien que le tableau de Munich ait perdu par d’imprudents nettoyages la fleur de son coloris, on y retrouve le même ovale allongé, sous une épaisse chevelure sombre, les yeux noirs, la bouche sinueuse et fine, la richesse et l’ampleur de la gorge et des épaules, la mise à la fois riche et négligée. La Flore des Offices présente ce même mélange d’idéal et de réalité. Cette admirable figure est comme pétrie de lumière ; les cheveux d’or bruni séparés sur le front encadrent légèrement l’ovale plein de la tête penchée ; les tresses dénouées