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sent, s’attaquent à coups de pommes et de flèches innocentes, saisissent un lièvre effaré. Titien a mis là toute la science et tout le sentiment délicat qu’il avait de la vie enfantine, rieuse, abondante et fraîche.

La volupté païenne et sa naïve impudeur triomphent dans l’ardent poème de la Bacchanale. Ivresse des sens au plein de l’été radieux, danse bondissante des ménades et des satyres, puissance mystérieuse des rythmes qui éveillent dans les cœurs des transports sauvages, tout ce qu’avaient chanté les poèmes dionysiaques, retentit dans la modulation des formes et des couleurs, dans les sonorités sombres ou claires de l’airain, du cuivre et de l’or. Dans la pénombre transparente et chaude où passent des rayons d’or filtrés par les branches, bacchants et bacchantes sont couchés ; au centre, deux femmes, dont le visage, la gorge et les épaules sont fleuris de lumière errante ; de grands corps souples et bruns s’étirent et se renversent ; les silhouettes d’un profil faunesque, d’un bras musculeux et d’une aiguière découpées sur le ciel font une gracieuse arabesque ; à droite, la ronde bacchique tourne en bonds mesurés, la beauté demi-nue se dresse, des rouges, des bleus, des safrans sonnent clair ; au premier plan, un faune enfant relève impudemment sa chemise ; une bacchante a roulé endormie sur le sol et sa beauté dévoilée frissonne dans un flot de lumière blonde ; peut-être est-ce Ariane abandonnée, car une voile apparaît au loin sur le bleu sombre de la mer entrevue sous les feuillages, et Silène aviné