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églises des œuvres somptueuses et graves où respire la poésie du christianisme ; aux grands seigneurs humanistes, des mythologies voluptueuses ou s’expriment les ardeurs sensuelles de la Renaissance. Dès l’année 1516, Titien avait été appelé à Ferrare par le duc Alphonse d’Este, protecteur utile mais exigeant et impérieux. C’est lui qui, pour décorer son studio, avait commandé à Giovanni Bellini une Bacchanale où le vieux peintre étonnamment souple et hardi pour son âge, avait mis à profit les conquêtes de la génération nouvelle. Il est probable que Titien, après la mort de son maître, dut mettre la dernière main à cette œuvre qui était restée inachevée. Ce qui est certain, c’est qu’il passa les mois de février et de mars 1516 à Ferrare. C’est alors sans doute qu’il peignit un très beau portrait d’Alphonse d’Este, en costume violet sombre et or, qui, du cabinet ducal, passa aux mains de Charles-Quint et de là au musée du Prado. Il dut faire aussi un portrait de Lucrèce Borgia, cité par les contemporains, mais aujourd’hui disparu. Arioste, qui venait de terminer son Roland furieux, était l’hôte de la cour ferraraise. Titien l’y connut, se lia avec lui, et ces deux charmants génies qui se ressemblent par tant de points éprouvèrent l’un pour l’autre une vive et profonde sympathie. On a tout lieu de reconnaître un portrait de l’Arioste, par Titien, dans un tableau de la National Gallery qui représente un homme jeune encore, aux traits fins, à l’expression rêveuse et presque maladive, aux yeux profonds, costumé avec une élégance sobre, dont la tête