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d’une main relevant sa robe pour qu’elle ne trempe pas dans le sang répandu, la rassure de la voix et du geste. Plusieurs personnages l’accompagnent ; le seigneur du château voisin, en riche houppelande, son écuyer en armure, d’autres encore ; une robuste paysanne raconte avec des gestes vifs et démonstratifs comment la chose s’est passée. C’est la nature même surprise et rendue dans son imprévu charmant, et c’est un art consommé dans le rythme savant du clair et de l’obscur.

Pour ne pas se répéter dans la troisième fresque où saint Antoine rappelle à la vie, sur la prière du meurtrier, une femme frappée par son mari jaloux, Titien suivant l’usage archaïque rapproche dans le même cadre les divers moments du récit. La souplesse, l’ingéniosité de son esprit se révèlent ici par l’accord qu’il a su établir entre le thème tragique et l’expression pittoresque. Ces fresques marquent dans son œuvre un premier moment de maturité naïve et forte, avant que l’influence romaine n’ait agrandi sans doute, mais aussi forcé parfois son aimable génie vénitien.

Une légende prétend que Titien peignit alors, sur les murs de son atelier de Padoue, une série de fresques représentant le Triomphe de la Foi. La chose paraît bien improbable ; il y a là, sans doute, une confusion provenant de ce que le peintre déroula dans une suite de gravures inspirées du Triomphe de César de Mantegna, un imposant cortège : Adam et Eve, les Prophètes et les Patriarches précédant un char qui porte le