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sentiment de la nature. Tandis que Giotto et son école, cherchant avant tout l’expression significative et détachant leurs figures en relief exact et vigoureux, comme des bas-reliefs sur des fonds clairs ou sur un azur uniforme, étaient surtout narratifs et didactiques, Titien transporte sur la muraille la souplesse et la profondeur du clair-obscur, la variété chatoyante de la vie. De sculpturale et dramatique, la fresque devient avec lui lyrique et pittoresque. C’est à la Scuola del Santo que cette manière nouvelle se montre dans toute sa grâce. Avec une naïveté exquise, Titien y raconte trois miracles de celui qu’on appelait à Padoue le Saint. Rien de plus touchant et de plus gracieux que ces récits légendaires où le miracle prend une vraisemblance tout humaine. — Le Saint donne la parole à un tout petit enfant qui disculpe sa mère faussement accusée d’adultère. — Le Saint guérit un jeune homme qui s’était tranché le pied droit pour se punir d’avoir frappé sa mère. — Cette dernière scène est encadrée dans un des plus beaux paysages de Titien ; à gauche, des escarpements boisés, un château fort, une tour ronde, puis, plus loin, des fortifications basses et trapues ; à l’arrière-plan, des cimes dentelées ; à droite, le terrain s’abaisse en larges prairies vers la ligne sombre de la mer qui barre l’horizon ; le ciel clair en pied est strié de vastes nuages ; le fût d’un chêne s’y inscrit vigoureusement. Au premier plan, le jeune homme évanoui, pâle comme un mort, a la tête posée sur les genoux d’une femme ; sa mère agenouillée implore le Saint qui,