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sollicité par le mystère de ses formes, petit montagnard élevé parmi les sites sauvages, adolescent qui put contempler sans cesse un admirable décor. Parmi les dessins qui nous restent du maître, la plupart sont des paysages ; beaucoup aussi nous ont été transmis par la gravure. C’est là qu’il faut mesurer toute la richesse de ses sensations, et l’infinie variété de ses impressions primesautières. De cette merveilleuse contrée où sa vie s’écoula, entre l’Adriatique et les Alpes, quels aspects n’a-t-il pas notés avec un scrupuleux amour ? Montagnes aux plans étagés, aux brusques arêtes, aux découpures bizarres, forêts antiques où le végétal développe sa grandeur et ses caprices, molles étendues qui se relient en sinuosités longues aux horizons marins, vallonnements harmonieux, mystère des chemins creux, lisières de forêts ondulant comme des vagues de feuillages, brusque fierté d’un bouquet de chênes, silence des lacs reflétant le ciel, charme d’une eau qui luit et passe, villas, hautes fermes escarpées comme des citadelles et chaumières tapies au ras du sol, il a tout rendu avec une simplicité, une bonhomie incomparables. Souvent, sans doute, il ajoute à ces aspects de nature, quelque scène mythologique ou chrétienne ; mais, d’autres fois aussi, comme Dürer, il contemple et reproduit la nature pour elle-même. Plus tard, son œil s’est encore affiné dans l’atmosphère humide de Venise, dans ce jardin de mer où l’eau fleurit entre les marbres. Sans cesse, il est allé de la mer aux montagnes, des horizons vastes, des lumières épandues aux