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de s’affranchir et d’élargir sa manière, il réalise un premier idéal.


II

Dès l’année 1508, Titien fut mis en mesure d’exécuter des travaux de plus large envergure et de s’essayer à la fresque. Giorgione chargé de décorer le Comptoir des Allemands nouvellement reconstruit, associa son camarade à cette tâche importante. Les deux façades principales furent couvertes par les deux jeunes peintres de figures brillantes et variées où se jouait le caprice d’une fantaisie toute pittoresque, nettement opposée aux compositions significatives de Florence et de Padoue. De ces fresques rongées par l’humidité et les sels marins, il ne reste que de maigres vestiges. Elles fondèrent la réputation de Titien et le mirent sur le même plan que Giorgione. De grandes familles s’adressent à lui pour qu’il reproduise les traits d’ancêtres illustres, et c’est ainsi qu’il peignit, d’après un buste ou un médaillon, la belle effigie de Niccolo Marcello qui avait été doge en 1474.

On sait que les artistes de la Renaissance ne se faisaient pas scrupule de traiter à nouveau un même sujet. L’invention était dans la manière et non dans la matière. Titien ne se lasse pas de reproduire, en le variant sans cesse, le thème de la Madone qui, par sa simplicité même, était si favorable aux délicatesses de la forme, à la modulation rythmique des couleurs. La Vierge aux