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devient ici la base harmonique, sur laquelle chantent les sonorités de la chair ambrée, des riches costumes et des feuillages. Un lyrisme ardent, une volupté rêveuse, un sentiment tout nouveau de la vie éclatent dans cette œuvre avec la soudaineté d’un printemps orageux et fécond. Nul doute que Titien n’ait grandement profité de cette manière large et savoureuse, qui posait hardiment les formes colorées dans la lumière, et leur donnait le mouvement, la chaleur et la respiration de la vie. De son côté, Palma, nature délicate, apportait la beauté d’une matière transparente, un sens très personnel du charme féminin, la douceur de ses demi-teintes et la tendresse de ses colorations. Moins vigoureux et moins concentré que ses deux rivaux, il était bien lui-même par cette fine perception de la beauté, par le soyeux et le velouté de sa peinture.

Titien, dans sa période de formation, ne fut pas insensible à ces deux influences. Son esprit prudent et pondéré savait tirer parti des découvertes des autres, mais il avait aussi de quoi les dépasser tous. Si l’idéal de Giorgione et de Palma sont entrés pour quelque chose dans la richesse complexe du génie de Titien, sa personnalité ne tarda pas à se dégager par la fusion de qualités diverses en une harmonie supérieure. Ses débuts sont mal connus. Comme tous les apprentis d’alors, il dut d’abord collaborer aux œuvres de son maître Bellini. Les portraits de son père et de sa mère, que l’on attribue à ces premières années, ne sont point parvenus jusqu’à nous. On peut