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nouvelle, fut chargé de décorer la bibliothèque de Sansovino, le vieillard ne put se tenir de mettre la main à l’œuvre et de peindre au plafond octogone de la salle d’entrée, une admirable figure de la Sagesse, d’une douceur et d’une grâce exquises, avec un art accompli du plafonnement. Il venait d’exécuter pour Philippe un Persée et Andromède, très admiré de Vasari et que nous n’avons plus. De 1557, date un tableau célèbre qui, destiné à Santa Maria Maggiore, est maintenant à l’Académie de Venise, un Saint Jean-Baptiste dans le Désert, figure d’une grande tournure et d’un coloris profond, dans un très beau paysage, et sans doute aussi, le véhément Saint Dominique de la galerie Borghèse. La veuve d’un Vénitien, Lorenzo Massolo, lui avait commandé, en 1556, pour la chapelle funéraire de son mari, un grand tableau du martyre de saint Laurent ; cette œuvre considérable rappelle par son réalisme hardi le Saint Pierre martyr ; elle est remarquable par un effet hardi de lumières contrastées.

Titien, en 1556, avait vu mourir l’Arétin, et quelle que fût la valeur propre de l’homme, ce fut pour lui une vive douleur ; le pamphlétaire, qui ne le ménageait pas toujours par derrière, avait pourtant mis à son service sa verve amusante et hardie, et l’avait aidé en loyal compère. Cette mort et la tentative d’assassinat dont faillit être victime, à Milan, son fils Orazio l’ébranlèrent profondément. Cependant, en 1559, il envoyait à Philippe deux Poésies, qui ne rappellent plus que d’assez loin la chaude verve de l’Offrande à Vénus et de la Bacchanale