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l’Arétin, il exprime le regret de n’avoir pas vu vingt ans plus tôt la ville éternelle et ses chefs-d’œuvre. On hésite à partager ce regret, et l’on se, demande si Titien, à côté de Michel-Ange et de l’école romaine, aurait sauvegardé son indépendance et sa naïveté. Le principal intérêt de ce séjour est dans la rencontre du maître de Venise avec le grand Florentin. Michel-Ange et Titien représentaient deux principes d’art opposés : deux grandeurs irréductibles. Ils ne pouvaient alors ni s’entamer ni se convaincre. Nous ignorons ce que Titien pensa du puissant idéaliste qui soumettait la nature à sa volonté titanesque ; nous savons cependant qu’il admira pleinement la chapelle Sixtine, comme les Loges et les Chambres de Raphaël. Mais Vasari, qui se fit l’intermédiaire entre les deux puissances, nous a rapporté le jugement du sculpteur sur le grand naturaliste qui savait extraire du réel toute sa poésie et tout son charme. Comme ils revenaient tous deux de visiter l’atelier de Titien à Rome, Michel-Ange s’exprima ainsi : « Sa couleur et sa manière lui plaisaient fort ; mais c’était dommage qu’à Venise on ne commençât pas par apprendre à dessiner correctement, et que les peintres de cette école ne fissent pas des études plus approfondies. — Certes, si cet homme disposait d’autant de science artistique et de sûreté de forme qu’il avait de dons naturels, surtout pour représenter la vie, personne ne pourrait faire plus ni mieux que lui ; car il avait une belle manière de concevoir, une vivante et charmante manière de peindre. » Si l’on tient compte des réserves