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Page:Gustave Flaubert - Trois contes.djvu/81

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du ciel ; mais elle eut soin de n’en rien dire, ayant peur qu’on ne l’accusât d’orgueil.

Les convives s’en allèrent au petit jour ; et le père de Julien se trouvait en dehors de la poterne, où il venait de reconduire le dernier, quand tout à coup un mendiant se dressa devant lui, dans le brouillard. C’était un Bohême à barbe tressée, avec des anneaux d’argent aux deux bras et les prunelles flamboyantes. Il bégaya d’un air inspiré ces mots sans suite :

— « Ah ! ah ! ton fils !… beaucoup de sang !… beaucoup de gloire !… toujours heureux ! la famille d’un empereur. »

Et, se baissant pour ramasser son aumône, il se perdit dans l’herbe, s’évanouit.

Le bon châtelain regarda de droite et de gauche, appela tant qu’il put. Personne. Le vent sifflait, les brumes du matin s’envolaient.

Il attribua cette vision à la fatigue de sa tête pour avoir trop peu dormi.

« Si j’en parle, on se moquera de moi, » se dit-il.

Cependant les splendeurs destinées à son fils l’éblouissaient, bien que la promesse n’en fût pas claire et qu’il doutât même de l’avoir entendue.

Les époux se cachèrent leur secret. Mais tous deux chérissaient l’enfant d’un pareil amour ; et, le respectant comme marqué de Dieu, ils eurent