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Page:Gustave Flaubert - Trois contes.djvu/31

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lui la foudre. En écoutant le vent qui grondait dans la cheminée et emportait les ardoises, elle le voyait battu par cette même tempête, au sommet d’un mât fracassé, tout le corps en arrière, sous une nappe d’écume ; ou bien, — souvenir de la géographie en estampes —, il était mangé par les sauvages, pris dans un bois par des singes, se mourait le long d’une plage déserte. Et jamais, elle ne parlait de ces inquiétudes.

Mme Aubain en avait d’autres sur sa fille.

Les bonnes sœurs trouvaient qu’elle était affectueuse, mais délicate. La moindre émotion l’énervait. Il fallut abandonner le piano.

Sa mère exigeait du couvent une correspondance réglée. Un matin, que le facteur n’était pas venu, elle s’impatienta ; et elle marchait dans la salle, de son fauteuil à la fenêtre. C’était vraiment extraordinaire ! Depuis quatre jours, pas de nouvelles !

Pour qu’elle se consolât par son exemple, Félicité lui dit :

— Moi, Madame, voilà six mois que je n’en ai reçu !…

— De qui donc ?…

La servante répliqua doucement :

— Mais… de mon neveu !

— Ah ! votre neveu !

Et, haussant les épaules, Mme Aubain reprit sa