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Page:Gustave Flaubert - Trois contes.djvu/244

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Les romanciers qui ont eu pour maître G. Flaubert présentent au contraire les descriptions des lieux en même temps que les situations se produisent, parfois au cours du dialogue, incidemment, afin que les personnages apparaissent éclairés par la lumière qui convient mieux à leur physionomie et entourés des choses qui contribuent à donner une idée plus puissante de leur caractère.

Tous les élèves de M. Flaubert ont en eux l’étoffe d’un peintre. Chacun des livres qu’ils ont écrits est, non pas une immense toile, mais comme une galerie de tableaux de genre que l’on oublie d’autant moins qu’ils sont traversés par un très petit nombre de figures.

Le style de M. Flaubert donne aussi à tous les passages descriptifs une vigueur de touche qui ne se trouve dans aucune œuvre antérieure à la publication de Madame Bovary.

L’auteur ne se contente pas seulement d’être un peintre, il est aussi un musicien ; la plume a trouvé, par des phrases incidentes, par une ponctuation qui lui est propre, par des adverbes sonores, le secret de rendre le son des voix, le bruit du vent, le galop des chevaux, le timbre des cloches, le cri d’un mourant.

N’entend-on pas hurler dans la souffrance ce malheureux pied-bot, opéré par Charles Bovary, à l’auberge du Lion d’or.


Revue des Deux Mondes, 15 juin 1877. L’érudition dans le roman (Brunetière).

Après avoir exposé qu’il n’est pas toujours, dans les lettres ni ailleurs, une si bonne fortune que de débuter bruyamment, avec éclat, fracas, demi-scandale, et qu’il vaudrait mieux pour Flaubert pouvoir inverser la succession chronologique de ses œuvres, partir de La Tentation de Saint Antoine pour arriver à Madame Bovary, en passant par Salammbô, le malheureux essai du Candidat, L’Éducation sentimentale, — parce qu’ainsi chaque effort nouveau de Flaubert eût marqué un nouveau progrès de l’auteur vers la perfection de son genre, — Brunetière, visiblement hostile à Flaubert et à son école, continue dans une vigoureuse attaque :