Page:Gustave Flaubert - Trois contes.djvu/177

Cette page a été validée par deux contributeurs.


voir ni toucher était une chose impossible, à moins que Jésus n’employât les démons.

Et les amis d’Antipas, les principaux de la Galilée, reprirent, en hochant la tête :

— Les démons, évidemment.

Jacob, debout entre leur table et celle des prêtres, se taisait d’une manière hautaine et douce.

Ils le sommaient de parler :

— Justifie son pouvoir !

Il courba les épaules, et à voix basse, lentement, comme effrayé de lui-même :

— Vous ne savez donc pas que c’est le Messie ?

Tous les prêtres se regardèrent ; et Vitellius demanda l’explication du mot. Son interprète fut une minute avant de répondre.

Ils appelaient ainsi un libérateur qui leur apporterait la jouissance de tous les biens et la domination de tous les peuples. Quelques-uns même soutenaient qu’il fallait compter sur deux. Le premier serait vaincu par Gog et Magog, des démons du Nord ; mais l’autre exterminerait le Prince du Mal, et, depuis des siècles, ils l’attendaient à chaque minute.

Les prêtres s’étant concertés, Éléazar prit la parole.

D’abord le Messie serait enfant de David, et