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Page:Gustave Flaubert - Trois contes.djvu/164

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Vaincue par une fascination, elle traversa la foule ; et elle écoutait, une main sur l’épaule de Mannaeï, le corps incliné.

La voix s’éleva :

— Malheur à vous, Pharisiens et Sadducéens, race de vipères, outres gonflées, cymbales retentissantes !

On avait reconnu Iaokanann. Son nom circulait. D’autres accoururent.

— Malheur à toi, ô peuple ! et aux traîtres de Juda, aux ivrognes d’Éphraïm, à ceux qui habitent la vallée grasse, et que les vapeurs du vin font chanceler !

Qu’ils se dissipent comme l’eau qui s’écoule, comme la limace qui se fond en marchant, comme l’avorton d’une femme qui ne voit pas le soleil.

Il faudra, Moab, te réfugier dans les cyprès comme les passereaux, dans les cavernes comme les gerboises. Les portes des forteresses seront plus vite brisées que des écailles de noix, les murs crouleront, les villes brûleront ; et le fléau de l’Éternel ne s’arrêtera pas. Il retournera vos membres dans votre sang, comme de la laine dans la cuve d’un teinturier. Il vous déchirera comme une herse neuve ; il répandra sur les montagnes tous les morceaux de votre chair !

De quel conquérant parlait-il ! Était-ce de Vi-