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Page:Gustave Flaubert - Trois contes.djvu/143

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chambre, elle n’avait ni colliers ni pendants d’oreilles ; une tresse de ses cheveux noirs lui tombait sur un bras, et s’enfonçait, par le bout, dans l’intervalle de ses deux seins. Ses narines, trop remontées, palpitaient ; la joie d’un triomphe éclairait sa figure ; et, d’une voix forte, secouant le Tétrarque :

— César nous aime ! Agrippa est en prison !

— Qui te l’a dit ?

— Je le sais !

Elle ajouta :

— C’est pour avoir souhaité l’empire à Caïus !

Tout en vivant de leurs aumônes, il avait brigué le titre de roi, qu’ils ambitionnaient comme lui. Mais dans l’avenir plus de craintes !

— Les cachots de Tibère s’ouvrent difficilement, et quelquefois l’existence n’y est pas sûre !

Antipas la comprit ; et, bien qu’elle fût la sœur d’Agrippa, son intention atroce lui sembla justifiée. Ces meurtres étaient une conséquence des choses, une fatalité des maisons royales. Dans celle d’Hérode, on ne les comptait plus.

Puis elle étala son entreprise : les clients achetés, les lettres découvertes, des espions à toutes les portes, et comment elle était parvenue à séduire Eutychès le dénonciateur.

— Rien ne me coûtait ! Pour toi, n’ai-je pas fait plus ?… J’ai abandonné ma fille !