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dait à chacune, mais eut soin de taire l’idée funèbre qui les concernait.

Ne le voyant pas revenir, ils étaient partis de leur château ; et ils marchaient depuis plusieurs années, sur de vagues indications, sans perdre l’espoir. Il avait fallu tant d’argent au péage des fleuves et dans les hôtelleries, pour les droits des princes et les exigences des voleurs, que le fond de leur bourse était vide, et qu’ils mendiaient, maintenant. Qu’importe, puisque bientôt, ils embrasseraient leur fils ? Ils exaltaient son bonheur d’avoir une femme aussi gentille, et ne se lassaient point de la contempler et de la baiser.

La richesse de l’appartement les étonnait beaucoup ; et le vieux, ayant examiné les murs, demanda pourquoi s’y trouvait le blason de l’Empereur d’Occitanie.

Elle répliqua :

— C’est mon père !

Alors il tressaillit, se rappelant la prédiction du Bohême ; et la vieille songeait à la parole de l’Ermite. Sans doute la gloire de son fils n’était que l’aurore des splendeurs éternelles ; et tous les deux restaient béants, sous la lumière du candélabre qui éclairait la table.

Ils avaient dû être très beaux dans leur jeunesse. La mère avait encore tous ses cheveux, dont les bandeaux fins, pareils à des plaques de