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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/61

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voler sur ses flancs et l’écume sauter alentour ; son jarret se tend et se replie, je prends mon arc et je le tends ; je le tends si fort que le bois se plie, prêt à rompre, que la corde en tremble, et, lorsque la flèche part et fend l’air, mon cheval hennit, son cou s’allonge, il s’étend sur l’herbe, et ses jambes frappent la terre et se jettent en avant.

La corde vibre en chantant et dit à la flèche : pars, ma longue fille, et déjà elle a frappé le léopard ou le lion, qui se débat sur le sable et répand son sang sur la poussière. J’aime à l’embrasser corps à corps, à l’étouffer, à sentir ses os craquer dans mes mains, et j’enlève sa belle peau, son corps fume et cette vapeur de sang me rend fier.

Il en est parmi mes frères qui mettent des écorces à la bouche de leurs juments pour les diriger, mais moi, je la laisse aller, elle bondit sur l’herbe, saute les fleuves, gravit les rochers, passe les torrents, l’eau mouille ses pieds, et les cailloux roulent sous ses pas.

Haïta.

Je me rappelle, moi, que, le jour où je t’ai vu, j’aimai tes grands yeux où le feu brillait, tes bras velus aux muscles durs, ta large poitrine où un duvet noir cache des veines bleues, et tes fortes cuisses qui se tendent comme du fer, et ta tête et ta belle chevelure, ton sourire, tes dents blanches. Tu es venu vers moi ; dès que j’ai senti tes lèvres sur mon épaule, un frisson s’est glissé dans ma chair, et j’ai senti mon cœur s’inonder d’un parfum inconnu. Et ce n’était point le plaisir de rester endormie sur des fleurs, auprès d’un ruisseau qui murmure, ni celui de voir dans les bois, la nuit, quelque étoile au ciel, avec la lune entourée des nuages blancs, et toute la robe bleue du ciel avec ses diamants parsemés, ni de danser en rond sur une pelouse, vêtue avec des chaînes de roses autour du corps, non ! C’était… je ne puis le dire.