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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/60

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l’histoire avec ses haillons fougueux et sa figure triste, et le temps, vieux faucheur glouton, aux talons de fer et à la dent éternelle, tout cela, pour nous, tourne, remue, marche, s’agite et meurt ; nous voyons la farce commencer, les chandelles brûler et s’éteindre, et tout rentrer dans le repos et dans le vide, dans lequel nous courons comme des perdus, riant, nous mordant, hurlant, pleurant.

Ah ! Mon novice a la tête forte, tant mieux ! Nous avons beaucoup de choses à lui montrer. D’abord un peu d’histoire, puis un peu d’anatomie, et nous finirons par la gastronomie et la géographie. Que faut-il faire ? Monter sur la montagne pour voir la plaine et la cité ? Eh bien, oui, nous allons gravir sur quelque hauteur d’où nous aurons un beau coup d’œil. Je puis, pardieu ! Vous accompagner, car le dieu du grotesque est un bon interprète pour expliquer le monde. Sur la montagne, les forêts, le sauvage et sa famille. à l’horizon, une immense plaine, couverte de pyramides, arrosée par des fleuves. Au fond, une ville avec ses toits de marbre et d’or, un éclatant soleil. — la femme et l’homme sont entièrement nus, leurs enfants se jouent sur des nattes, le cheval est à côté ; le sauvage est triste, il regarde sa femme avec amour.

LE SAUVAGE.

Oh ! Que j’aime la mousse des bois, le bruissement des feuilles, le battement d’ailes des oiseaux, le galop de ma cavale, les rayons du soleil, et ton regard, ô Haïta ! Et tes cheveux noirs qui tombent jusqu’à ta croupe, et ton dos blanc, et ton cou qui se penche et se replie quand mes lèvres y impriment de longs baisers, je t’aime plein mon cœur. Quand ma bonne bête court et saute, je laisse aller ses crins qui bruissent, j’écoute le vent qui siffle et parle, j’écoute le bruit des branches que son pied casse, et je regarde la poussière