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SATAN.

Pourquoi la vie elle-même ? Pourquoi la tempête ? Si ce n’est pour faire et pour briser l’une et l’autre.

SMARH.

Et cela est depuis des siècles, et la terre n’est pas usée !

SATAN.

Non, mais chaque pied qui a marché sur elle a creusé son pas ineffaçable ; celui du mal l’a percée jusque dans ses entrailles.

SMARH.

L’océan est ce qu’il y a de plus grand.

SATAN.

Oui, c’est ce qu’il y a de plus vide. Quelle colère, n’est-ce pas ? Il est jaloux de cette terre, depuis ce jour où il fut refoulé sur son lit de sable où il se tord, et comprimé dans ses abîmes qui engloutissent les flottes et les armées, car, avant, il allait, il battait sans rivages, et le choc de ses flots n’avait point de termes, les vagues ne couraient point vers la terre, elles ne mouraient jamais, et la même pouvait rouler, rouler, pendant des siècles sur la surface unie de l’onde ; un immense calme régnait sur cette immensité.

SMARH.

Ne parles-tu pas de ces époques inconnues aux mortels, où la création s’agitait dans ses germes, où la mer roulait des vallées, et où la terre avait des océans sur elle ?

SATAN.

Oui, alors que les vagues remuaient dans leurs plis la fange sur laquelle on a bâti des empires.