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SATAN.

Allons donc, image de Dieu, sois aussi grand que la pierre qui résiste.

SMARH.

Tout me manque. Si cette mer allait avancer encore ! Si ces rochers allaient marcher vers le rivage ! … la mer va m’entraîner ! Quels horribles cris ! Les herbes marines, déracinées, flottent sur la mousse des flots ; les vagues sont fortes et cadencées ; un bruit rauque se fait entendre quand le flot se retire. On dirait que la mer veut arracher le rivage, elle se cramponne aux galets, mais elle glisse dessus.

SMARH.

Comme la création est méchante ! Est-ce qu’il y a eu toujours autant de fureur dans l’existence, autant de cruauté dans ce qui est fort ? Pitié, mon maître ! Dis-moi donc si cela dure toujours, si cette colère est éternelle.

SATAN.

Voyons ! Toujours ! Smarh, ne t’ai-je pas dit que le mal était l’infini ?

SMARH.

Non, l’homme n’est point cela. Son corps tombe sous les coups, son cœur se ploie sous la douleur.

SATAN.

Car son corps n’est point d’acier, mais son cœur est de bronze au dehors et de boue au dedans. Oh ! Pauvre homme ! Tu es bien pétri de terre, l’eau et le soleil te soulagent et te nuisent.

SMARH.

Pourquoi donc tant de maux ? Pourquoi la vie est-elle ainsi pleine de douleurs ?