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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/52

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SMARH.

Cette nature est sombre.

SATAN.

Tout à l’heure tu la trouvais si riante.

SMARH.

Il en est ainsi quand le soleil n’éclaire plus et que les ténèbres enveloppent la terre.

SATAN.

Comme des langes qui la couvrent. L’écume saute sur les rochers à fleur d’eau et, quand le flot s’est retiré, un silence se fait et l’on n’entend plus que le clapotement, toujours diminuant, des derniers battements de la vague entre les grosses pierres, puis, au loin, un bruit sourd. Les oiseaux de proie redoublent leurs cris déchirants.

SMARH.

ô puissance de Dieu, que vous êtes grande !

SATAN.

Et terrible, n’est-ce pas ? Ne sens-tu rien dans ton cœur qui fléchisse et qui te crie que tu es faible, humble et petit devant tout cela ?

SMARH.

Oui, la nature fait peur ; ici tout n’est donc que crainte, appréhension ?

SATAN.

Quand l’homme marche, son pied glisse, il tombe ; quand sa pensée travaille, il glisse aussi, il tombe encore, il roule toujours, tu sais. Les étoiles disparaissent au ciel, de gros nuages passent sur la lune, la lueur blanche de celle-ci perce à travers ; bientôt les ténèbres couvrent le ciel, et l’obscurité n’est interrompue que par les lignes blanches que font les vagues sur les brisants. On entend des cris sauvages, les vagues sont furieuses.