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la terre, bâtis des villes, dirige le cours des fleuves ? Dis, nieras-tu la puissance de l’homme ?

SATAN.

Non ! Honneur à l’homme qui bâtit, bouleverse, remue, qui s’agite, qui construit, qui meurt ! Honneur aussi à la mort qui fait les poussières et les ruines, qui dévore le passé, qui abat les palais construits ! Honneur à la nature qui fait naître l’homme, qui le conduit avec des guides de bronze, qui le maîtrise par tous les sens, qui le tourmente sous toutes les formes, qui le fait mourir, le dissout et le reprend dans son sein ! Puissance et éternité pour l’homme qui vit et qui souffre, pour ses œuvres indestructibles, pour ses ouvrages sans fin, pour sa poussière immortelle !

SMARH.

Le peu de durée de nos œuvres n’en prouve pas moins la puissance.

SATAN.

C’est-à-dire que ta force prouve ta faiblesse ; tu es éternel et tu meurs, tu es fort et tout te dompte, tes œuvres sont durables et elles périssent ; le palais que tu as habité dure moins que la tombe qui renferme ta poussière, et l’un et l’autre deviennent poussière aussi ; puis rien, comme toi.

SMARH.

Les œuvres de l’homme ont changé la face du globe.

SATAN.

Oui, la terre avait des forêts et tu les as coupées, les prairies avaient de l’herbe et tes troupeaux l’ont mangée, elle renfermait un principe de création et tu l’as épuisée par la culture. Tu crois que tes moyens artificiels et le misérable fumier que tu répands feront