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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/48

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rochers, comme tu es petit même auprès des brins d’herbe que foulent les bœufs et qui se redressent après. Oui, tu es plus faible que ces cailloux que la mer roule en criant, comme si elle avait des chaînes dans le ventre.

SMARH.

Mais le caillou est immobile et mon pied le pousse.

SATAN.

Et toi donc ? N’y a-t-il pas un pied aussi qui t’écrase sous son talon invisible ? écrase donc un grain de sable, homme fort !

SMARH.

Mais je marche sur l’océan, je me dirige sans sentier et sans chemin.

SATAN.

Traces-en un qui dure une seconde, avec la quille de mille flottes.

SMARH.

J’évite sa colère.

SATAN.

Fais-en une semblable.

SMARH.

J’échappe à ses coups.

SATAN.

Quand ils ne sont plus. Tout cela, te dis-je, m’a été donné par Dieu. N’ai-je pas une intelligence qui m’a fait le roi de la création, qui m’a placé au premier rang, qui dompte la nature, la maîtrise et la bâillonne ? N’est-ce pas moi qui remue