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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/44

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cependant j’ai peur. C’est donc le mal qui a créé toutes ces beautés, c’est l’enfer qui a fait toutes ces choses ? Oh ! Non, non, j’aime encore, j’ai en moi l’amour qui gonfle ma poitrine. Cependant celui qui me conduit jusqu’ici est fort et vrai, sans cela l’aurait-il pu ?

SATAN.

Oui, celui qui te mène ici, celui qui se joue avec toi et qui fait trembler le monde, est fort car il brave tout, et vrai car il souffre. Ils montent encore.

SMARH.

Oh ! Grâce ! Grâce ! Assez ! Assez ! Je tremble, j’ai peur, il me semble que cette voûte va s’écrouler sur moi, que l’infini va me manger, que je vais m’anéantir aussitôt !

SATAN.

Et tout à l’heure tu te sentais grand ! à la stupeur première avait succédé l’enivrement de la science, tu te regardais déjà comme un dieu pour être monté si haut dans l’infini, et tu as peur de ce qui faisait ta gloire !

SMARH.

Plus on avance dans l’infini, plus on avance dans la terreur.

SATAN.

Quelle terreur peut assaillir la créature de Dieu ? Tu étais si grand, si haut, si heureux ! Et maintenant tu es si bas, si tremblant, si petit ! C’est donc cela, un homme ? De la grandeur et de la petitesse, de l’insolence et de la bêtise ! Orgueil et néant, c’est là ton existence.

SMARH.

Non ! Non ! Je ne sais rien, et c’est cela qui me fait mal ; je ne sais rien, l’angoisse me ronge, et tu sais, toi ! Mais pourquoi donc ces mondes ? … pourquoi