Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/43

Cette page n’a pas encore été corrigée


p40

vrai n’est que le vautour que tu as en toi et qui te ronge.

SMARH.

Dieu est donc méchant ? Moi qui le bénissais !

SATAN.

Tu ne peux savoir si son œuvre est bonne ou mauvaise, car tu n’as pas vécu, tu es à peine un enfant sorti de ses langes et de sa crédulité. Oui, celui qui a fait tout cela est peut-être le démon de quelque enfer perdu, plus grand que celui qui hurle maintenant, et la création elle-même n’est peut-être qu’un vaste enfer dont il est le dieu, et où tout est puni de vivre.

SMARH.

Oh ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! J’aimais à croire, à rêver à ton paradis, aux joies promises ; j’aimais à te prier, j’aimais à t’aimer ; cette foi me remplissait l’âme, et maintenant j’ai l’âme vide, plus vide et plus déserte que les gouffres perdus dans l’immensité qui m’enveloppe. J’aimais à voir les roses où ta rosée déposait des larmes qui tombaient avec les parfums qu’elles contiennent, j’aimais à les cueillir, à me plonger dans le nuage d’encens… à répandre des fleurs sur ton autel.

SATAN.

Va, les fleurs les plus belles sont celles qui croissent sur les tombes ; elles rendent hommage à la majesté du néant, elles parfument les charognes sous les couvercles de leurs pierres.

SMARH.

Je pensais que tout était grand, insensé que j’étais ! Sot que j’étais dans mon cœur ! Ce bonheur était celui de la brute. Le bonheur est donc pour l’ignorance ; maintenant que je sais, je vois qu’il n’y a rien, et