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Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/39

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SATAN.

Oui, le seul qui existe, jeté comme un défi éternel à la face de tout ce qui a vie ; oui, tu vois ces gouffres ouverts sous tes pieds, cette immensité pendue sous nous, celle qui nous entoure, celle qui s’élargit sur nos têtes, eh bien, entre dans ton cœur et tu y verras des abîmes plus profonds encore, des gouffres plus terribles.

SMARH.

Comment ? Dans mon propre cœur à moi ? Je n’y avais jamais songé. Je sais qu’il est des hommes que leur pensée a effrayés et qui ont eu peur d’eux-mêmes, comme j’ai peur de ces incommensurables précipices.

SATAN.

Oui, sonde ta pensée, chaque pensée te montrera des horizons qu’elle ne pourra atteindre, des hauteurs où elle ne pourra monter, et, plus que tout cela, des gouffres dont tu auras peur et que tu voudrais combler. Tu fuiras, mais en vain ; à chaque instant tu te sentiras le pied glisser et tu rouleras dans ton âme, brisé !

SMARH.

Hélas ! L’âme de l’homme et la nature de Dieu sont donc également obscures ?

SATAN.

Incomplètes et mauvaises l’une et l’autre.

SMARH.

Je les croyais toutes deux grandes et vraies.

SATAN.

Tu pensais donc que tu étais bien sur la terre ?