Ouvrir le menu principal

Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, II.djvu/37

Cette page n’a pas encore été corrigée


p34


SMARH.

Lui aussi est soumis à quelque chose ? Je croyais qu’il était maître.

SATAN.

Non, il n’est pas maître, car je le maudis tout à mon aise ; non, il n’est pas maître, car il ne pourrait se détruire.

SMARH.

Et nous sommes donc libres.

SATAN.

Tu penses que la liberté est pour nous ? Qu’est-ce que cette liberté ?

SMARH.

Oui, nous sommes libres, n’est-ce pas ? Car sur la terre je me sentais enchaîné à mille chaînes, retenu par mille entraves, tout m’arrêtait ; et tandis que mon esprit volait jusqu’à ces régions, mon corps ne pouvait s’élever à un pouce de cette terre que je foulais. Mais maintenant je me sens plus grand, plus libre ; je me sens respirer plus à l’aise, mon esprit s’ouvre à tous les mystères, nous voilà sur les limites de la création, je vais les franchir peut-être. Quelle grandeur autour de nous ! Tout cela brille et nous éclaire. Est-ce que nous ne pouvons errer à loisir dans cet infini ? Est-ce que nous ne marchons pas à plaisir sur cette éternité qui contient tout le passé et l’avenir, les germes et les débris ? Vois donc comme ces nuages se déploient mollement sous nos pieds, comme leurs replis sont moelleux et larges ! Vois comme ce firmament est bleu et profond, comme ces étoiles roulent et brillent, comme la lune est blanche et comme le soleil a des gerbes d’or sous nos pieds ! Et il me semble que cela est fait pour